Cotation des risques : gravité × probabilité (× maîtrise) expliquée
La cotation est le moment où le DUERP devient un outil de décision, ou reste une liste sans tête. Coter, ce n’est pas mettre une note pour faire joli : c’est hiérarchiser pour décider quoi traiter en premier. Et c’est exactement ce qu’un inspecteur ou un auditeur regarde pour juger si l’évaluation est sérieuse. Voici comment construire une cotation défendable, sans tomber dans le « tout en risque moyen ».
Pourquoi coter : hiérarchiser, pas seulement lister
Le Code du travail impose d’évaluer et de hiérarchiser les risques, mais (point essentiel) il n’impose aucune formule de cotation unique. La méthode est laissée à l’employeur, à condition qu’elle soit cohérente et traçable. La pratique de référence, portée par l’INRS et l’outil OiRA de l’Assurance maladie, repose sur le croisement de deux dimensions minimales : la gravité et la probabilité.
L’objectif n’est pas la précision absolue (coter un risque reste un jugement), mais la comparaison. Une bonne cotation permet de dire : « ce risque-là passe avant celui-ci ». C’est tout ce qu’on lui demande.
Les deux dimensions de base : gravité × probabilité
- La gravité mesure la sévérité du dommage potentiel. Une échelle courante va de 1 (bénin : inconfort, premiers soins) à 4 (très grave : décès, incapacité permanente).
- La probabilité mesure la vraisemblance que le dommage survienne, compte tenu de l’exposition. Échelle typique de 1 (très improbable) à 4 (très probable / exposition permanente).
La criticité se calcule en croisant les deux, par produit (G × P) ou via une matrice. Un risque grave mais très improbable et un risque bénin mais permanent peuvent obtenir une criticité voisine : c’est voulu, c’est ce qui permet d’arbitrer.
Le troisième facteur : la maîtrise
Beaucoup de méthodes industrielles ajoutent un troisième facteur : la maîtrise (ou le niveau de prévention déjà en place). L’idée : un risque intrinsèquement élevé mais déjà bien maîtrisé (protection collective, formation, procédure appliquée) présente une criticité résiduelle plus faible qu’un risque équivalent laissé nu.
On parle alors de cotation G × P × M. Ce facteur de maîtrise est utile parce qu’il distingue le risque brut (sans mesure) du risque résiduel (après mesures), et c’est le risque résiduel qui doit piloter les priorités d’action. Attention toutefois : intégrer la maîtrise ne doit pas servir à « faire baisser artificiellement » des risques majeurs. La maîtrise se justifie par des mesures réelles et vérifiables, pas par optimisme.
Construire ses échelles
Quelques règles pour des échelles solides :
- Garder le même nombre de niveaux pour chaque dimension (par exemple 1 à 4 partout). Mélanger une échelle de gravité à 4 niveaux et une probabilité à 3 fausse les comparaisons.
- Définir chaque niveau par des repères concrets, pas par des adjectifs vagues. « Gravité 3 = accident avec arrêt et séquelles temporaires » est utilisable ; « gravité 3 = grave » ne l’est pas.
- Documenter la méthode dans le DUERP lui-même : un auditeur veut comprendre comment on a coté, pas seulement voir des chiffres.
Pour un industriel fictif comme FlexiPack (plasturgie), une exposition au bruit au poste de presse pourra être cotée gravité 3 (atteinte auditive durable), probabilité 4 (exposition quotidienne), maîtrise partielle (protections distribuées mais port irrégulier), ce qui la place haut dans les priorités, à juste titre.
La matrice de criticité et les seuils
La matrice croise gravité (lignes) et probabilité (colonnes) et attribue un niveau de criticité à chaque case, souvent par couleurs : faible, modérée, élevée, critique. À chaque niveau correspond une exigence d’action :
- Critique : action immédiate, le risque ne peut rester en l’état.
- Élevée : action planifiée à court terme, moyens alloués.
- Modérée : à traiter dans le plan d’action selon les priorités.
- Faible : surveillance, pas d’action prioritaire.
Les seuils (par exemple criticité 1-15 / 16-30 / 31-60 / 61-125 sur une échelle produit) sont à fixer une fois et à appliquer uniformément. L’essentiel est la cohérence : la même situation doit toujours produire la même cotation.
Les pièges qui ruinent une cotation
- Le « tout en moyen ». Quand tous les risques sont cotés au milieu de l’échelle, la cotation ne hiérarchise plus rien, c’est le signal numéro un d’un DUERP de façade.
- Les échelles incohérentes d’une unité de travail à l’autre, qui rendent les priorités incomparables.
- Coter le risque brut en oubliant la maîtrise (ou l’inverse : surévaluer la maîtrise pour minorer un risque réel).
- La cotation sans pilote derrière. Un risque coté « critique » sans aucune action en regard est pire que pas de cotation du tout : il prouve qu’on savait et qu’on n’a rien fait.
Cotation et plan d’action : la suite logique
Coter ne sert qu’à décider. Chaque risque dont la criticité dépasse le seuil d’acceptabilité doit déclencher une ou plusieurs actions, et ces actions se pilotent. C’est le lien direct entre le DUERP et le plan d’action EHS : la cotation fixe l’ordre, le plan d’action exécute.
Le Kit DUERP Industriel de CODEX EHS, avec sa cotation G × P × M et ses seuils paramétrables, est en préparation. En attendant, le maillon qui transforme une criticité en résultat (le plan d’action) est disponible : le Plan d’Action EHS Dynamique prend le relais de la cotation pour suivre les mesures jusqu’à leur clôture.
Sources et références
- Code du travail, L4121-3 et R4121-1 : obligation d’évaluer les risques (aucune formule de cotation imposée), Légifrance.
- INRS et OiRA (Assurance maladie - Risques professionnels) : méthode d’évaluation croisant gravité et probabilité ; distinction risque brut / risque résiduel.
- Cotation G × P × M et matrice de criticité : pratique industrielle courante d’évaluation des risques.
Repères méthodologiques ; la méthode de cotation retenue doit être adaptée à l’activité et documentée dans le DUERP.